COUP-DE-FOUDRE POUR LA TOUR DU HAUT-PAS

A Nantes, tout le patrimoine architectural n’est pas forcément accessible au public : on le découvre souvent au détour d’une promenade, ou comme la tour du Haut-Pas, en descendant du tramway, à la station “Place du Cirque”.

Au dessus des palissades dressées par les services de la Ville, érigée sur un socle rocheux, émerge une véritable fortification médiévale, presque intacte. On ne peut s’empêcher de penser au Château des Ducs de Bretagne, à François II, enfin à notre histoire nantaise.

D’ailleurs, les services du Patrimoine et de l’Archéologie nous renseignent assez bien sur ce vestige de l’architecture militaire du temps des Ducs : les panneaux apposés en contrebas, nous apportent la preuve qu’à Nantes on est bien conscient de l’intérêt présenté par cet édifice insolite.

Malheureusement, cet intérêt affiché ne va pas jusqu’à protéger et valoriser réellement ce patrimoine architectural, que beaucoup d’autres villes pourraient nous envier.
Alors que tout l’intérêt de cette découverte réside dans la surélévation de cette fortification par rapport au Cours des Cinquante Otages, la Ville a décidé d’accorder un permis de construire pour l’ensemble immobilier ILOT ORLEANS qui viendra s’interposer entre la ligne de tramway et l’ancien rempart.
Bien sûr, pour se donner bonne conscience, la Ville et le promoteur, nous rassurent : il suffira d’emprunter les escaliers qui longeront le nouvel édifice, pour apercevoir ce joyau patrimonial transformé en gadget architectural, comme l’a été en son temps la porte du pont Sauvetout.

Comme pour les chapelles espagnoles du couvent des Cordeliers, l’îlot des Jacobins et tant d’autres joyaux architecturaux nantais, la tour du Haut -Pas est donc vouée à perdre sa signification en même temps que sa lisibilité.

On ne peut s’empêcher de se poser des questions. Pourquoi tout ce gâchis ? Pourquoi la Municipalité souhaite-t-elle favoriser à tout prix la spéculation immobilière dans le secteur sauvegardé ? Alors qu’il serait si simple d’en assurer la protection en pensant aux générations futures.
Il est vrai qu’à Nantes, les véritables défenseurs du patrimoine ne sont probablement pas assez nombreux et pas assez actifs, à moins qu’ils ne soient “muselés” par une politique de communication à sens unique.

Dans n’importe qu’elle autre ville, on aurait assisté à une véritable levée de boucliers pour protéger les halles de la place du Bouffay. Ici personne n’ose dire ce qu’il en pense.

A l’heure où Jean-Marc Ayrault est à Matignon et  où “Le Voyage à Nantes” lance sa première offensive touristique d’envergure, on peut regretter que l’on n’ait pas investit le site de la Tour du Haut-Pas. Cela aurait peut-être contribué, non seulement à notre rayonnement, mais aussi au réveil des nantais.

La densification urbaine ne doit pas se faire contre les nantais mais avec eux.

Saint Joseph de Porterie, site de l’Ecole d’Architecture, quartier Russeil, Carré Feydeau,  Cordeliers, partout, la Mairie décide brutalement d’imposer une densification urbaine à marche forcée.

Les habitants des rues, des quartiers concernés, sont placés devant le fait accompli.
Perte d’identité, baisse de la qualité de vie, atteinte à l’environnement, sont devenus le lot commun de nos concitoyens.

On peut s’interroger sur les motifs qui poussent la Mairie, à distribuer aussi facilement des permis de construire aux nouveaux grands capitalistes que sont Vinci, Marignan et quelques autre grands promoteurs.

Les élus de la majorité municipale, voudraient nous faire croire que cette densification urbaine débridée est inéluctable, ce n’est pas vrai, promenez vous à Angers, Bordeaux et dans tant d’autres grandes villes françaises, vous pourrez constater qu’il n’en est rien.

Au fond, on a le sentiment que cette politique vise aussi à remplacer les habitants attachés à leur quartier par des nouveaux venus, qui seront peut-être plus sensibles aux effets du “rouleau compresseur médiatique” de la Ville et pèseront ainsi, un peu plus encore, lors des prochaines échéances électorales.

Tous mes encouragements vont donc en direction des associations qui œuvrent contre cette politique de la “consommation immédiate” suivie par la Mairie.                       Protéger son quartier, sa rue, son jardin public, c’est tout simplement faire preuve de civisme.

Les Cordeliers

Pour revenir sur l’affaire des Cordeliers

Il était grand temps d’arrêter le “massacre” qui était en cours au couvent des Cordeliers à Nantes.

On ne peut que se féliciter que des nantais, regroupés au sein d’une association de défense du patrimoine aient été à l’origine du sauvetage in extremis de ce grand couvent mendiant.

Ils compensent ainsi les défaillances évidentes constatées sur ce dossier depuis 2008.

Pourquoi la Direction du Patrimoine n’a telle pas fait son travail jusqu’à ce jour ?

Pourquoi l’Architecte des Bâtiments de France a-t-il réagi si tardivement ?

Autant de questions sans réponses qui interpellent tous les élus et toutes les personnes qualifiées qui exercent leurs compétences dans les domaines du patrimoine.

C’est une très bonne nouvelle pour la Ville, que cet intérêt renforcé de nos concitoyens vis à vis de leur patrimoine. C’est semble-t-il le principal rempart qui existe pour protéger l’identité architecturale et environnementale nantaise.

En effet, le combat mené par ces onze experts, n’est pas isolé, récemment vous repreniez dans vos colonnes les critiques émises par les associations qui se sont élevés contre la disparition programmée du jardin des Petites Sœurs des Pauvres situé avenue Russeil. On se souvient aussi que c’est une association qui a contribué à améliorer le projet de rénovation du musée Dobrée.

Ceci étant, cette affaire des Cordeliers, qui fait suite à celle de l’îlot Lambert, et à celle du curetage du presbytère Sainte-Croix interpellent la Ville sur une approche et des méthodes de travail, qui ne semblent pas s’être notablement améliorées depuis la création de la Direction du Patrimoine et de l’Archéologie en 2008.

D’ailleurs le permis de construire délivré prématurément pour les Cordeliers nous apporte la preuve qu’il faut modifier  le fonctionnement de ce service, qui est loin de répondre aux attentes légitimes des nantais.